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Décès du photographe Gérard Rondeau

 


Le TNP a le regret d’apprendre le décès de Gérard Rondeau, photographe, qui a toujours associé la poésie à ses images.

« À la mort de Yves Bonnefoy, le 1er juillet dernier, c’est une photographie de Gérard Rondeau qui donnait corps à l’article du journal Le Monde. Aujourd’hui que meurt le photographe, de trente ans son cadet, ce sont les mots des poètes foudroyés qui escortent sa mémoire.

Poètes du Grand Jeu d’abord, ces Phrères Simplistes de Reims, dans sa Champagne natale : Roger Vailland, Robert Meyrat, Roger Gilbert-Lecomte, dont il n’a pas craint de reprendre le Testament à même le dos et les fesses d’une femme nue, – « regarder à se crever les yeux, à éclater le crâne, aves les yeux de derrière les yeux, de derrière la tête, comme un aveugle avec un grand cri lumineux… » -, ou encore René Daumal auquel il emprunte l’incipit de Mugle : « J’avais posé le monde sur la table ».

Poètes de la poésie vécue et de l’irrémédiable aussi : d’Apollinaire à Blaise Cendrars, du Joë Bousquet de Carcassonne à l’Antonin Artaud de Ville-Évrard et jusqu’à la tombe marocaine de Jean Genet, ou Le Pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel….

Car s’il est resté fidèle au dépouillement du noir et blanc et du vieil argentique en bandoulière, Gérard Rondeau ne cessait d’écrire autour de ses images. Autant qu’en travers. Des bribes spontanées de poèmes, comme pour contrer le silence de la photographie. Italique à main levée, au feutre noir, comme pour redoubler le mystère de l’instant à même la pellicule. Surcroît de sens, comme un supplément d’âme, d’énigme et de liberté.

Qu’il photographie la guerre, la Marne ou les musées, les gens, les gargouilles ou les arbres, les livres, les fantômes ou le vent, Gérard Rondeau donne à voir plus vaste que le regard. Pas forcément plus loin, mais plus profond. Le temps a sa part en négatif, et les battements du cœur panoramique. Entre tragédie, vanités et générosité journalière.

Sa disparition éclair, le temps d’un triste été, a la pudeur intime et lumineuse des visions qu’il nous laisse, éphémères et inoubliables, tel l’envol des oiseaux migrateurs obscurcissant le ciel au-dessus des tours de la cathédrale de Reims, la bibliothèque nationale de Sarajevo éventrée, ou encore ce vers d’Octavio Paz sur une feuille blanche dans les remous d’une rivière : « l’eau parle sans cesse et jamais ne se répète ».

Il faut dire que son nom même est celui d’un très ancien poème. »

Sophie Nauleau, collaboratrice du Printemps des poètes

www.gerardrondeau.com

Crédit photo : Gérard Rondot