Le répertoire

Vous avez dit répertoire ?

Il y a peu résonnait, salle Laurent-Terzieff, le texte du chapitre XI des « Confessions » de saint Augustin intitulé « Qu’est-ce que le temps ? »
Dans sa puissante interrogation, le narrateur notait que « s’il se posait la question à lui-même, il savait ce que c’était mais que s’il devait répondre à la question, il serait bien embarrassé ». N’en va-t-il pas de même avec la notion de répertoire ?

Est-ce un catalogue d’œuvres répertoriées dans le but de les canoniser ? Les œuvres s’y retrouvent-elles classées, et si oui, selon quelle méthode ? Comment un répertoire se renouvelle-t-il ? Qui le préside ? Quelle est sa finalité ? Toutes ces interrogations recevront autant de réponses différentes qu’il y a de commanditaires. En effet, un État, une institution, une association, un artiste, un individu n’ont-ils pas toute légitimité pour établir chacun « leur » répertoire ? Dès lors, quel est le but poursuivi par le TNP lorsqu’il en revendique la notion ? En premier lieu, elle lui permet de jalonner une histoire commune entre les pièces présentées par sa troupe et l’accueil du public. Ce sont en effet les plébiscites de ce dernier qui justifient l’inscription de certains spectacles dans ce répertoire.

Notons bien qu’ici les œuvres littéraires sont indissociables de leurs mises en scène. Le principe fondamental est que, une fois admis sous cette appellation, ces spectacles échappent à l’impératif « du nouveau, du nouveau, toujours du nouveau ! ».

Ainsi le répertoire, en marge des nouvelles productions maison qui s’enchaînent au rythme de pas moins de trois ou quatre par saison, devient le socle commun entre les artistes et les spectateurs du TNP. Tant que la demande du public existe, pourquoi ne pas chercher à la satisfaire ? Tant que la troupe porte en elle tous ces rôles, pourquoi ne pas les faire vivre ? Évidemment, certains peuvent objecter : alors écrivez « reprise» et non pas « répertoire ». La remarque a sa pertinence, sauf que le mot reprise a quelque chose d’utilitaire, de cache-misère, alors que répertoire a la noblesse de l’élection, du choix.

Il exprime une volonté, celle de maintenir en vie, donc en mémoire, une œuvre. Il fait référence à un patrimoine, donnant ainsi l’illusion aux gens de théâtre qu’ils suspendent, pour un temps, cet art de l’éphémère.

Jean-Pierre Jourdain