TNP Villeurbanne

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Le Laboureur de Bohême

Un homme jeune, laboureur, vient de mettre en terre le corps de son épouse. Avec peine et colère, il en appelle à la Mort pour qu’elle se justifie… La Mort paraît et une dispute s’engage.

Du jeudi 21 au dimanche 24 novembre 2013
Répertoire TNP

À l’origine du face-à-face entre un laboureur et la mort, et l’affrontement qui s’ensuit, il y a le corps d’une jeune femme, rendu à la terre. Elle était jeune, douce, mère de famille. C’était la compagne du laboureur. Est-il normal, clame le laboureur, que ce qu’il y a de plus beau au monde, de plus enjoué, de plus innocent, soit tranché dans son évolution par la mort ? Est-il concevable, rétorque la mort, de réclamer justice et réparation pour une perte inscrite depuis l’origine des temps dans tout ce qui respire ? Ainsi s’engage la dispute. Chacune de ses humeurs promptes à la révolte et chacun de ses apaisements nés de la raison nous sont connus. Nous les portons en nous, sûrs qu’un jour nous aurons à les prononcer ; de nous-mêmes à nous-mêmes. Autrement, comment donner sens à l’irréparable ?
Lumineux et dense, ce texte, s’il aborde la phase ultime de toute existence, le fait avec franchise et son énergie n’est pas celle du désespoir, au contraire. La douleur permet au laboureur, non pas de se répandre en lamentations, mais de formuler des questions éternelles. Ce dialogue de la fin du Moyen Âge déconcerte par la rigueur de sa composition et l’amplitude de l’écho qu’il trouve en chacun. Avec l’évidence des œuvres parfaites, cette joute oratoire touche à l’essentiel.

© Michel Cavalca

© Christian Ganet

Johannes von Saaz Auteur médiéval de langue allemande, probablement originaire du village de Schüttwa dans les Sudètes. Il est né entre 1342 et 1350, au beau milieu d’une épidémie de peste qui fit des ravages dans tout le centre de l’Europe, au début du règne de Charles IV. Entre 1358 et 1368, il fréquente l’école du monastère de Tepl et devient Johannes von Tepl. Il part alors vraisemblablement faire ses études à l’Université de Prague, puis à Bologne, Padoue, ou peut-être Paris. Il travaille ensuite à la chancellerie de Prague et obtient la charge de notaire municipal et de recteur de l’école de la ville de Saaz, d’où son nom. Au décès de son épouse Margaretha en 1400, il compose son oeuvre majeure, Le Laboureur de Bohême, qui le rendra célèbre. Hormis ce texte, on ne possède que peu de traces de ses écrits, si ce n’est quelques vers en latin et des textes administratifs et juridiques. Johannes von Saaz est considéré comme le précurseur des grands humanistes tels qu’Érasme, Thomas Moore et Rabelais.

Christian Schiaretti dirige la Comédie de Reims de 1991 à 2002. Il est directeur du TNP depuis janvier 2002 où il a présenté Mère Courage et ses enfants et L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, Père, Mademoiselle Julie et Créanciers de August Strindberg, L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel, 7 Farces et Comédies de Molière, Philoctète de Jean-Pierre Siméon, Siècle d’or : Don Quichotte, Don Juan, La Célestine ; Joseph d’Arimathie et Merlin l’enchanteur (avec Julie Brochen) du Graal Théâtre de Florence Delay et Jacques Roubaud, Mai, juin, juillet de Denis Guénoun, Une Saison au Congo de Aimé Césaire. Pour l’inauguration du nouveau Grand théâtre, il crée Ruy Blas de Victor Hugo, le 11 novembre 2011. Ses spectacles, Coriolan de William Shakespeare, 2006, et Par-dessus bord de Michel Vinaver, 2008, ont reçu de nombreux prix. Très attaché à un théâtre du répertoire, Christian Schiaretti reprend régulièrement ses créations avec les comédiens de la troupe. En savoir plus.

Avec Antoine Besson, Damien Gouy*, Clément Morinière*
*comédiens de la troupe du TNP
Scénographie Renaud de Fontainieu
Adaptation scénographique Fanny Gamet
Costumes Agostino Cavalca
Reprise costumes Thibaut Welchlin
Lumières Julia Grand
Maquillage Roxane Bruneton

Production Théâtre National Populaire

Le Monde
…et soudain, la Mort descend, pieds nus, comme repentante, sur le sol du Laboureur : une demi-parabole, en forme de rampe de roller, qui unit, d’un seul mouvement, l’horizontal terrestre au vertical céleste. Elle peut alors déployer la haine que toute vie lui inspire, son dégoût de la femme et de la chair. A chaque pas plus humaine et plus repoussante. Face à elle, le Laboureur s’accroche à son terreau de parole. Christian Schiaretti a posé sur lui la lumière chaude, solaire, presque verticale, de l’élu. Sa profération est celle de l’être doué d’émotions, doué pour les émotions, assez vaillant pour le faire savoir et le faire entendre… La prière finale du Laboureur pour l’âme de sa femme mettrait à genoux les meilleurs des mécréants. Jean-Louis Perrier

Le Figaro Magazine
Dialogue d’ombres dans un très beau décor de pénombre, grande vague glacée, trouée de quelques feux de lumière… C’est fort, intense, déchirant et pur. Philippe Tesson

Les Échos
Quelle que soit la beauté du texte, il y a, sous sa nervosité, les traditions de l’exercice scolastique. La mise en scène de Christian Schiaretti sait en respecter la rigueur et en dégager l’admirable brûlure, dans un climat fantomatique, comme pour brosser une enluminure aux couleurs modifiées par la nuit… D’un côté, il y a un homme simple et hanté qui hurle de douleur et, de l’autre, un grand prélat de l’au-delà qui jongle avec l’ombre et la rhétorique. Une somptueuse épure. Gilles Costaz


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  Le dossier de presse (pdf / 234ko)