Coriolan, dans la presse
Le Monde
Vaste espace noir de la cage de scène à nu. Sol gris, rugueux, comme une vasque de pierre au centre de laquelle se trouve une bouche d’égout par où s’écoulent et refluent le sang de la guerre et les eaux sales de la politique. Costumes élisabéthains, parfois recouverts de toges romaines rouges, somptueux pour les femmes, enserrées jusque dans leurs gynécées dans ces brocarts comme dans des prisons dorées.
A Wladimir Yordanoff revient la tâche difficile de jouer Coriolan, cet homme qui est «comme un mauvais acteur qui a oublié son texte» dès qu’il tente de sortir du seul rôle qu’il soit capable de jouer, celui du guerrier, dans lequel l’a enfermé sa mère depuis l’enfance. Pantin viril manipulé par Volumnia, homme-armure sans consistance intérieure, que Wladimir Yordanoff fait exister avec subtilité.
Mais la distribution est surtout dominée par deux acteurs éblouissants, Roland Bertin et Nada Strancar. Dans le rôle de Ménénius le patricien qui mène le jeu, Bertin est tout d’onctuosité menaçante: derrière sa bonhomie et sa rondeur, le cynisme d’un redoutable animal politique. Quant à Nada Strancar, elle fait vivre avec une force impressionnante le drame de cette femme frustrée de ne pouvoir exercer elle-même le pouvoir. Royale, oui, absolument. Fabienne Darge
Le Figaro
Une tragédie historique à grande leçon et personnages sublimes. Christian Schiaretti s’appuie sur une distribution époustouflante, avec une jeune classe remarquable issue en partie de l’École national supérieur des arts et techniques du théâtre, installée à Lyon, et des interprètes de longue expérience et de très haut talent. Applaudissons Alain Rimoux, qu’un incident de santé oblige à jouer Cominius dans une chaise, ce qui ajoute on ne sais quel grain baroque au spectacle, Dimitri Rataud, subtil Tullus Aufidius, chef des Volsques, Roland Bertin au timbre tendre, au regard doux, merveilleux Ménénius, Nada Strancar au lyrisme royal, Volumnia, personnage dominant de la pièce et de la représentation, mère et manipulatrice du héros qu’incarne Wladimir Yordanoff dans la fougue et le doute qui sont consubstantiels à Coriolan, le héro floué, jouet de l’histoire et des histoires… Armelle Héliot
L’Humanité
On croirait feuilleter un album scénique empreint de réminiscences et d’allusions à des maîtres anciens de la scène, de Vilar au jeune Planchon, de Chéreau même avec cette coulée de sang au milieu du plateau avalée par une grille d’égout… Hommage au génie du lieu, ce TNP – Villeurbanne dont Schiaretti a repris le flambeau. Tout cela, bien sûr, traité avec subtilité, allusions fines plus que brutales citations. Il n’est pas interdit de penser, au train où vont les choses du théâtre, que ce travail a valeur programmatique. Un homme du service public entend du coup signifier, haut et fort, que le théâtre d’art a tout son avenir devant lui si les petits cochons de droite et de gauche ne le mangent pas au nom d’une «merdonité» (Michel Leiris) aléatoire. Jean-Pierre Léonardini
La Croix
Du vrai théâtre citoyen qui se double d’un théâtre profondément populaire sous l’effet d’une mise en scène en mouvement et élans épiques. On pense à Mnouchkine, et plus encore à l’esthétique de Vilar, fondée sur le plateau nu et les images fortes.
Dans les jeux savants des lumières qui redécoupent sans cesse l’espace, une trentaine de comédiens habillés de costumes hors du temps, sinon, peut-être, celui de Shakespeare, donnent vie et chair à la tragédie. Didier Méreuze
Les Lettres Françaises
Un immense plateau savamment dénudé et rendu à l’état brut sinon délabré, habité (c’est vraiment le terme) par une troupe vaillante de pas moins de trente comédiens emmenés par un trio charismatique majeur composé de Nada Strancar, une grande fidèle de Schiaretti, Roland Bertin et Wladimir Yordanoff, que l’on a toujours plaisir à retrouver. Avec la même attentive ferveur d’un public très vite conquis et emporté dans une respiration, un souffle commun avec l’équipe artistique. Tout y est donc… Jean-Pierre Han
Lyon Capitale
Trente personnes occupent le plateau – fait rare au théâtre – dans une distribution impressionnante emmenée par le trio Wladimir Yordanoff (Coriolan), Roland Bertin (Ménénius) et Nada Strancar (Volumnia). Du vrai bon théâtre, roboratif et exigeant. Anne-Caroline Jambaud
Le Progrès
Pour son premier Shakespeare, le patron du Théâtre National Populaire signe un spectacle d’un niveau exceptionnel dans l’esprit de la décentralisation. Certains lui reprochent une esthétique dépassée, influencée par l’école brechtienne. Mais tel Coriolan, Schiaretti refuse le jeu de la séduction. Pas question de faire joli pour obtenir les voix du public. Il sculpte cette pièce avec la même brutalité qu’un texte qu’il fait entendre dans les moindres détails pendant près de quatre heures. Antonio Mafra

