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Le Dépeupleur

L’humour subtil de Samuel Beckett transparaît dans cette écriture à la fois énigmatique et extrêmement précise. Serge Merlin, tel un démiurge ou un magicien, s’empare de cette langue pour nous détailler ce curieux microcosme aux propriétés géométriques et topologiques étranges.

À propos

Annulation spectacle Le Dépeupleur
Les récentes évolutions scénographiques amènent l’équipe artistique du spectacle à renoncer à sa présentation au TNP. Nous ne pouvons que le regretter vivement. 

Court traité de cinquante et une pages où l’on découvre le modèle réduit d’un monde inconnu, celui d’un « petit peuple de chercheurs », enfermés dans un « cylindre surbaissé ayant cinquante mètres de pourtour et seize de haut pour l’harmonie. » Cet univers cylindrique, où président quelques règles aux déplacements de ses deux cents habitants, est un milieu clos, où les êtres évoqués attendent une issue à cette existence racornie. L’humour subtil de Samuel Beckett transparaît dans cette écriture à la fois énigmatique et extrêmement précise. Serge Merlin, tel un démiurge ou un magicien, s’empare de cette langue pour nous détailler ce curieux microcosme aux propriétés géométriques et topologiques étranges. C’est un texte vertigineux, insondable, qui développe au théâtre une réflexion sur l’ordre et la complexité. Dans ce monologue, le comédien jubile en énonçant les différentes règles qui régissent ce petit monde : variation de la lumière et de la température, impacts sur la physiologie des petits habitants captifs… L’impénétrable de ce texte est déjà percé et magnifié par l’art de cet acteur hors norme, qui s’en était emparé avec retentissement en 1978 au Festival d’Avignon.

© iFou

Biographies

Samuel Beckett

Samuel Beckett, romancier, poète et dramaturge, est né à Dublin en 1906 et mort à Paris en 1989. Son écriture, inspirée par l’œuvre de Joyce et Kafka, est traversée par la question du dicible et met en scène une humanité proche de la bouffonnerie. Il écrit son premier roman, Murphy, en 1938 à Londres. Parti s’installer en France l’année suivante, il commence à écrire en français à partir de 1945 et traduira Joyce, Rimbaud, Michaux, ainsi que ses propres textes. Entre 1951 et 1953, il publie aux éditions de Minuit Molloy, Malone meurt, En attendant Godot et L’Innommable. Viendront ensuite Oh les beaux jours, Premier amour, pour ne citer que quelques ouvrages. Le Dépeupleur, texte en prose, est publié en 1970. Beckett explore également le rapport entre la voix et l’image à travers des pièces destinées à la télévision. Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1969. Un recueil de ses poèmes de jeunesse, Les Os d’Écho, a été publié chez Minuit en 2002.

Alain Françon

Alain Françon cofonde la compagnie Le Théâtre Éclaté en 1971 à Annecy. En 1989, il prend la direction du CDN de Lyon – Théâtre du Huitième. De 1992 à 1996, il est directeur du CDN de Savoie. Durant ce mandat, il entame un travail de création privilégié avec Edward Bond dont il a créé, entre autres, La Compagnie des hommes, Pièces de guerre, Naître, Chaise et Les Gens. Son nom est associé à celui de Henrik Ibsen, Samuel Beckett, Thomas Bernhard, Botho Strauss, à celui de Anton Tchekhov dont il a créé La Cerisaie, Platonov, Oncle Vania, Ivanov, Le Chant du cygne, Les Trois Sœurs…, à celui de Georges Feydeau, avec la création de l’intégrale des « farces conjugales ». Alain Françon a dirigé le Théâtre national de la Colline de 1996 à 2010 et poursuit actuellement son travail de création avec sa compagnie, Le Théâtre des nuages de neige, fondée en 2010. Il est très attaché à la transmission et anime de nombreux ateliers dans des Écoles nationales, entre autres. Il fait participer des élèves à ses créations en tant que stagiaires, comédiens, dramaturges ou assistants à la mise en scène.

Distribution

interprétation Serge Merlin
mise en scène Alain Françon
scénographie et costume Jacques Gabel
lumières Joël Hourbeigt

Le texte est publié aux éditions de Minuit.

production Les Déchargeurs, Le Pôle diffusion

création au théâtre Les Déchargeurs, Paris, septembre 2016

Revue de presse

« Alain Françon a choisi de placer son cylindre perpendiculaire au sol, une entrée souterraine où les tunnels ne sont qu’ébauchés dans un décor plutôt sombre : un régal de claustrophobie beckettienne !  Le metteur en scène a déjà dirigé Serge Merlin dans ce texte de Beckett et ils offrent tous les deux une quintessence du théâtre de l’absurde, à travers notre grille de lecture du monde d’aujourd’hui. Serge Merlin, acteur remarquable, nous tient par le verbe et le geste. Il imprime son art dans la dialectique qu’il nous impose, par ses leitmotivs incertains et menaçants. Sa logorrhée nous déborde, et ce sont les yeux écarquillés que l’on attend encore la suite et puis la fin. »
Nadja Viet, France Inter.

« On sort de là foudroyé, abasourdi, enivré par la puissance fulgurante de Serge Merlin , qui nous a plongés durant une heure dans les profondeurs du texte le plus mystérieux, le plus hermétique de Samuel Beckett. Ici, Alain Françon et Serge Merlin ont choisi de relever d’un coup de cric l’humour sardonique du poète. Jusqu’à la fin, le comédien jubile, on le sent bien dans le rôle de cet étrange narrateur au regard halluciné, qui jette lui-même le doute sur la validité de ses descriptions scientifiques. Avec ses ruptures de ton et son espièglerie, Serge Merlin donne aux paroles impénétrables de Beckett un naturel aussi dévastateur qu’il dessine, en virtuose de la baguette, des cercles dans les airs. Merci, maestro ! »
Mathieu Pérez, Le Canard Enchaîné.

« Ne dirait-on pas que Beckett a écrit Le Dépeupleur au seul usage de Serge Merlin ? Le pouvoir de fascination qu’il exerce dans l’émission de cette partition énigmatique et terriblement parlante confine un tant soit peu à l’expérience chamanique. C’est d’une grande beauté noire et sans merci que Merlin distille goutte à goutte, pour ainsi dire, à grand renforts de gestes heurtés par à-coups apaisés, avec des replis sur soi et de soudains silences. Son masque de chair, infiniment mobile, est aussi éloquent à l’excès que son pouvoir vocal, lequel, au-delà de toute technique visible, suscite des harmoniques d’une extrême diversité, des frénésies rauques, des douceurs et des soupirs de commisération, le tout marqué du sceau d’un humour métaphysique proprement inouï. »
Jean-Pierre Léonardini, L’Humanité.

« La gestuelle remarquable et le verbe affûté, Serge Merlin embarque son public dans un endroit secret où le théâtre advient comme par enchantement. C’est l’art des plus grands surtout quand il sont dirigés par un maître en la matière, Alain Françon. Le Dépeupleur, c’est une rencontre au sommet entre un auteur, un acteur et un metteur… en scène. »
Sophie Bauret, Vaucluse Matin.

Interview vidéo