Jean Bellorini crée L’Ordre du jour à la Comédie-Française
L’Ordre du jour
d’après Éric Vuillard
adaptation et mise en scène Jean Bellorini
→ Théâtre du Vieux-Colombier
→ du 25 mars au 3 mai 2026
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→ complet
→ plus d’informations sur comedie-francaise.fr
« L’Histoire est un spectacle », déclare Éric Vuillard dans L’Ordre du jour, prix Goncourt 2017. Ce court récit-fiction pointe plusieurs épisodes en prémices de la Seconde Guerre mondiale.
Il s’ouvre sur une réunion, le 20 février 1933, où 24 industriels allemands sont reçus par Hermann Göring et Adolf Hitler, devenu chancelier un mois plus tôt. Objet : financer la campagne du parti nazi pour les législatives. Ce qui va en découler, la folie de la guerre, y est décrit sous le prisme de l’engrenage des petites causes, des loupés qui tournent au grotesque, mais aux conséquences gigantesques d’horreur et de destruction.
C’est cette peinture des faits, enrichie d’hypothèses pleines d’humour et d’abracadabrantesques échanges téléphoniques pourtant avérés, qui intéresse particulièrement Jean Bellorini. « Rire du pire, c’est s’armer contre lui », dit-il du large répertoire qu’il met en scène, précisant pour cet Ordre du jour : « Je rêve d’un petit Opéra de quat’sous, qui serait une critique directe de notre société, grâce à ce texte où le ridicule de l’histoire est bien visible même s’il a été rendu solennel par le temps. L’argent est toujours au centre… la lâcheté aussi. » Porté par la dimension collective de l’art théâtral, à l’écoute de la musicalité intérieure des textes, il invite la Troupe à un spectacle de chœur, relevant à la fois l’humanité de chacun de ses membres et la responsabilité de l’ensemble dans l’avènement de la catastrophe. En clin d’œil à l’expressionnisme des années 1930 et pour éviter toute reconstitution historique, il imagine des parties chantées dans des séquences spectaculaires proches d’un cabaret noir et burlesque.
avec la troupe de la Comédie-Française Laurent Stocker, Julie Sicard, Jérémy Lopez, Baptiste Chabauty
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La presse en parle
La prose de Vuillard est virtuose mais son oralité se mérite. Jean Bellorini a dû en élaguer le flux pour y glisser de l’espace, du mouvement, de la respiration, de la chair, bref, de la théâtralité. C’est un exercice dans lequel excelle cet artiste qui a déjà adapté pour les planches Victor Hugo ou Marcel Proust.
Joëlle Gayot, Le MondeJeux de masques et jeux de pouvoir. Avec un excellent quatuor d’interprètes issus de la troupe de la Comédie-Française, Jean Bellorini s’empare du remarquable ouvrage d’Éric Vuillard. Il crée une œuvre chorale qui réfléchit le naufrage de la raison, qui condense le cours de l’Histoire en une sorte de cabaret noir et burlesque, d’une acuité tranchante.
La TerrasseJean Bellorini marche dans les pas d’Éric Vuillard en signant une adaptation grinçante d’un épisode “assez ordinaire de la vie des affaires, une banale levée de fonds”, résume l’auteur. Sans avoir recours à l’artifice ou au démonstratif. La noirceur et l’épure du plateau (Véronique Chazal) accentuent le poids des mots qui disent les compromissions faciles sur fond de régime nazi, et la bassesse des grands de ce monde uniquement préoccupés de servir des intérêts économiques. Il touche ainsi au plus près la sinistre réalité. “Rire du pire, c’est s’armer contre lui”, estime le directeur du Théâtre national populaire de Villeurbanne.
Le Figaro