TNP Villeurbanne

04 78 03 30 00

Le Laboureur de Bohême

Le corps d’une jeune femme est rendu à la terre. Est-ce normal, clame son mari laboureur, que ce qu’il y a de plus innocent au monde soit tranché dans son devenir ? Est-il concevable, lui rétorque la mort, de réclamer réparation pour une perte inscrite dans tout ce qui respire ? Ce dialogue de la fin du Moyen-Âge déconcerte par l’écho qu’il peut trouver en chacun.

À propos

répertoire

À l’origine du face-à-face entre un laboureur et la mort, et de l’affrontement qui s’ensuit, il y a le corps d’une jeune femme, rendu à la terre. Elle était jeune, douce, mère de famille. C’était la compagne du laboureur. Est-il normal, clame le laboureur, que ce qu’il y a de plus beau au monde, de plus enjoué, de plus innocent, soit tranché dans son évolution par la mort ? Est-il concevable, rétorque la mort, de réclamer justice et réparation pour une perte inscrite depuis l’origine des temps dans tout ce qui respire ? Ainsi s’engage la dispute. Chacune de ses humeurs promptes à la révolte et chacun de ses apaisements nés de la raison nous sont connus. Nous les portons en nous, sûrs qu’un jour nous aurons à les prononcer ; de nous-mêmes à nous-mêmes. Autrement, comment donner sens à l’irréparable ?
Lumineux et dense, ce texte, s’il aborde la phase ultime de toute existence, le fait avec franchise et son énergie n’est pas celle du désespoir, au contraire. La douleur permet au laboureur, non pas de se répandre en lamentations, mais de formuler des questions éternelles. Ce dialogue de la fin du Moyen Âge déconcerte par la rigueur de sa composition et l’amplitude de l’écho qu’il trouve en chacun, en chacune. Avec l’évidence des œuvres parfaites, cette joute oratoire touche à l’essentiel.

© Michel Cavalca

Biographie

Johannes von Saaz

Auteur médiéval de langue allemande, probablement originaire du village de Schüttwa dans les Sudètes. Il est né entre 1342 et 1350, au beau milieu d’une épidémie de peste qui fit des ravages dans tout le centre de l’Europe, au début du règne de Charles IV. Entre 1358 et 1368, il fréquente l’école du monastère de Tepl et devient Johannes von Tepl. Il part alors vraisemblablement faire ses études à l’Université de Prague, puis à Bologne, Padoue, ou peut-être Paris. Il travaille ensuite à la chancellerie de Prague et obtient la charge de notaire municipal et de recteur de l’école de la ville de Saaz, d’où son nom. Au décès de son épouse Margaretha en 1400, il compose son oeuvre majeure, Le Laboureur de Bohême, qui le rendra célèbre. Hormis ce texte, on ne possède que peu de traces de ses écrits, si ce n’est quelques vers en latin et des textes administratifs et juridiques. Johannes von Saaz est considéré comme le précurseur des grands humanistes tels qu’Érasme, Thomas Moore et Rabelais.

Christian Schiaretti

Metteur en scène, pédagogue, il succède à Roger Planchon à la tête du TNP en 2002 après avoir été directeur de la Comédie de Reims. Au TNP, il reprend et recrée La Jeanne de Delteil d’après Joseph Delteil et Le Laboureur de Bohème de Johannes von Saaz, puis fait entendre 7 Farces et Comédies de Molière. Le 11 novembre 2011, il crée Ruy Blas de Victor Hugo pour l’inauguration d’un TNP rénové et agrandi. Il rend hommage à Paul Claudel, avec L’Annonce faite à Marie et L’Échange. Il monte les textes de Michel Vinaver ; de Jean-Pierre Siméon ; de Florence Delay et Jacques Roubaud ; de Denis Guénoun (Mai, juin, juillet, Festival d’Avignon 2014). Il célèbre le théâtre de Aimé Césaire avec Une Saison au Congo et La Tragédie du roi Christophe. Il s’empare de Alfred Jarry avec Ubu roi (ou presque), de Ionesco avec La Leçon, de Roger Vitrac avec Victor ou les enfants au pouvoir. Il s’intéresse à William Shakespeare avec Le Roi Lear et Coriolan ; à Bertolt Brecht avec Mère Courage et ses enfants et L’Opéra de quat’sous ; à August Strindberg avec Père, Mademoiselle Julie et Créanciers ; à trois pièces du Siècle d’or et à deux auto-sacramentales de Pedro Calderón de la Barca présentées aussi à la Comédie-Française. Plusieurs de ses spectacles reçoivent des prix. Attaché la Troupe et à un théâtre de répertoire, il reprend régulièrement ses créations avec ses comédiens.
En savoir plus.

Distribution

avec Antoine Besson, Damien Gouy, Clément Morinière

scénographie Renaud de Fontainieu
accessoires et adaptation scénographique Fanny Gamet
costumes Agostino Cavalca
adaptés par Thibaut Welchlin
lumières Julia Grand

production Théâtre National Populaire

 

Le Laboureur de Bohême a été créé par Christian Schiaretti en mai 1990 à la Comédie de Reims et repris au TNP, en 2003 et 2004. Il remet en chantier cette pièce de son répertoire avec les comédiens de la troupe du TNP en 2015.

Le texte est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs

 

Revue de presse

« …et soudain, la Mort descend, pieds nus, comme repentante, sur le sol du Laboureur : une demi-parabole, en forme de rampe de roller, qui unit, d’un seul mouvement, l’horizontal terrestre au vertical céleste. Elle peut alors déployer la haine que toute vie lui inspire, son dégoût de la femme et de la chair. A chaque pas plus humaine et plus repoussante. Face à elle, le Laboureur s’accroche à son terreau de parole. Christian Schiaretti a posé sur lui la lumière chaude, solaire, presque verticale, de l’élu. Sa profération est celle de l’être doué d’émotions, doué pour les émotions, assez vaillant pour le faire savoir et le faire entendre… La prière finale du Laboureur pour l’âme de sa femme mettrait à genoux les meilleurs des mécréants. »
Jean-Louis Perrier – Le Monde

« Dialogue d’ombres dans un très beau décor de pénombre, grande vague glacée, trouée de quelques feux de lumière… C’est fort, intense, déchirant et pur. »
Philippe Tesson – Le Figaro Magazine

« Quelle que soit la beauté du texte, il y a, sous sa nervosité, les traditions de l’exercice scolastique. La mise en scène de Christian Schiaretti sait en respecter la rigueur et en dégager l’admirable brûlure, dans un climat fantomatique, comme pour brosser une enluminure aux couleurs modifiées par la nuit… D’un côté, il y a un homme simple et hanté qui hurle de douleur et, de l’autre, un grand prélat de l’au-delà qui jongle avec l’ombre et la rhétorique. Une somptueuse épure. »
Gilles Costaz – Les Échos

 

En lien avec le spectacle

  • Rencontre après spectacle
    Jeudi 26 septembre à l’issue de la représentation, nous vous invitons à rencontrer des membres de l’équipe artistique.

  • Disputatio 
    Vendredi 27 septembre à l’issue de la représentation. Un espace dans lequel chacun peut dire, entendre, questionner, objecter la lecture d’un spectacle. Animé par deux psychanalystes, membres de l’Association lacanienne internationale, Lyon. 
    En savoir plus